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Cambrésis

RUMILLY : RESTAURATION DES TOILES DE LUCIEN JONAS

Clotilde HERBERT  

 

           Si le manque de concertation ou l'inconscience des hommes aboutit parfois à des destructions d'éléments de notre patrimoine, il arrive tout de même que l'on entreprenne des restaurations heureuses. Tel est le cas dans la petite commune de RUMILLY EN CAMBRESIS, qui abrite en son chœur un superbe décor marouflé de Lucien JONAS, qui s'abîmait sous l'effet de l'humidité.

 

QUI ETAIT LUCIEN JONAS ?

         Originaire d'Anzin, où son père avait créé une distillerie d'essence, Lucien JONAS est l'un des peintres les plus collectionnés du Nord-Pas-de- Calais. Il est vrai que les natifs de cette région se retrouvent dans ses scènes familiales campées dans un jardin, sur une plage ou plus simplement dans les cités des corons, mais où toujours rayonne une joie de vivre ensemble.

         L'œuvre de Lucien JONAS ne se résume pas à des scènes intimistes. IL s'est essayé à bien d'autres genres : le paysage, les grandes compositions décoratives, les scènes militaires (il est agréé en 1914, comme peintre militaire attaché au musée de l'armée), les scènes religieuses (vingt chemins de croix dans les églises du Nord-Pas-de-Calais), les scènes retraçant la vie dans les corons, et enfin les billets de banque (sept édités à partir de 1933, ornés de personnages historiques ou de compositions à la gloire du travail humain).

      Mais il est avant tout un grand portraitiste, héritier en cela de l'art de son maître, Léon Bonnat, portraitiste adulé de l'aristocratie française de la Troisième République.

        En plus de ses qualités plastiques, il faut reconnaître à l'œuvre de Lucien JONAS, qui fut deuxième grand prix de Rome en 1905, un intérêt documentaire. Avec ses multiples scènes intimistes, scènes de genre ou esquisses sur la guerre 1914-1918, il nous livre un témoignage sur la société française pendant un demi-siècle, des premières années du XXe siècle à la seconde guerre mondiale.

 

UN PEINTRE REMIS EN VALEUR

          Ce peintre estimé fut récemment remis à l'honneur lors d'une exposition présentée à la Maison Falleur par le musée municipal de Cambrai, du 7 septembre au 25 novembre 1991. Ce fut l'occasion de sensibiliser le grand public à un artiste qui a souvent représenté notre région.

         Parallèlement l'église de Rumilly qui abrite une grande composition du peintre fut ouverte au grand public ; la commune et la paroisse, en concertation, attirèrent l'attention des autorités compétentes sur la récente dégradation de l'œuvre, due à des fuites de la toiture.

L'ensemble avait d'ailleurs été classé à l'inventaire supplémentaire des Monuments Historiques quelque temps auparavant. La restauration entreprise au printemps de cette année est achevée et restitue avec éclat cette œuvre.

 

LES PEINTURES DU CHOEUR DE L'EGLISE

         Complètement rasée pendant la première guerre mondiale, l'église de Rumilly fut reconstruite à partir de 1927 sur les plans de l'architecte Georges Aye. C'est Monseigneur Chollet qui posa la première pierre le 5 mai 1927. L'archevêque de Cambrai entretenait des rapports amicaux avec Lucien JONAS. Le peintre exécutera son portrait et trois compositions pour son jubilé. C'est donc vraisemblablement sous l'influence de Monseigneur Chollet que Lucien Jonas reçut la commande du décor du chœur de l'église de Rumilly.

       Ce décor consiste plus précisément en toiles marouflées, c'est-à-dire collées sur les murs (le marouflage, du mot maroufle, préparation à base de résine, de cire et d'ocre rouge en poudre, consiste à faire adhérer à l'aide d'une colle très forte, maroufle, céruse, amidon, dextrine, un support pictural mince et souple sur un autre support, le plus souvent rigide. Les toiles fines et le papier peuvent être marouflés sur des toiles plus fortes, préparées grâce à un encollage qui leur confère une certaine rigidité, ou sur des panneaux en bois. Sur les murs, on maroufle généralement des supports en toile).

           Les toiles de l'église de RUMILLY ont été exécutées vers 1934. Elles représentent l'hommage du diocèse à la Vierge.

Le couronnement de la Vierge dans le ciel occupe le centre de la composition et domine l'autel. La Vierge, assise sur un trône, tient son fils sur les genoux. Des anges chantent sa gloire.

          A gauche, Pie IX, entouré des cardinaux, proclame le dogme de l'Immaculée Conception. Sous le saint Pontife est représentée la ville de Douai, symbolisée par son célèbre quinzième régiment d'artillerie, les avocats et les juges en toge car Douai était le siège de la cour d'assises de la région, les galibots et les mineurs, les soeurs de la Sainte Union et les dames de Flines, congrégations fondées pour donner des soins aux enfants.

          Suit la ville de Valenciennes précédées d'anges jouant du violon. On retrouve les mineurs, car Valenciennes était aussi un grand centre minier. Ils portent leur sainte patronne, sainte Barbe et la tiare qui fut naguère offerte au pape.

Suit Godefroy de Bouillon, grand croisé, seigneur de la ville de Valenciennes. Il est à cheval, armé pour le combat et porte la croix sur sa poitrine.

             Dans le cortège on reconnaît aussi le peintre Watteau qui tient l'une de ses œuvres, puis les religieuses guillotinées sous la Terreur : les Ursulines et les filles de la Charité.

             A droite de la Vierge est représenté Monseigneur Chollet entouré de son chapitre. A ses pieds, avancent en procession les arrondissements de son diocèse. Cette procession est conduite par le seigneur Hugues de Rumilly, les religieuses augustines dont la congrégation fut fondée en l'an mil à Cambrai et les religieuses de Sainte-Thérèse qui s'occupaient de l'éducation des jeunes filles. La foule porte à la Vierge les richesses de l'industrie et du terroir : le sucre du Cambrésis ; les bœufs, les volailles, le maroilles, les œufs et le foin de l'Avesnois.

            Lors de la journée des Monuments Historiques, un descendant de Lucien JONAS nous précisa même que le peintre prit comme modèle pour les personnages des membres de sa famille. Alors, passez par RUMILLY...

 

Ce texte est tiré de la revue « Jadis en Cambrésis » n° 56 et éditée par l « Association Les Amis du Cambrésis »

Photos : Pierre Lemaître

 

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